Essais & idées

Une France qui vieillit, entre lucidité et résistance

Publié le : 24/06/2026

La démographie était une tortue, elle s’est muée en lièvre. La dénatalité s’accélère et le vieillissement s’accentue. C’est pourquoi l’INSEE vient de dévoiler ses nouvelles projections démographiques en revoyant considérablement à la baisse le taux de fécondité. La croyance d’une population en croissance continue a fait long feu. Pour notre économie et notre modèle social, c’est moins sa taille que sa composition qui importe. Le Conseil d’Orientation des Retraites ne dit pas autre chose dans son dernier rapport publié dans la foulée de l’INSEE : les déficits vont se creuser sous l’impitoyable effet ciseau d’une jeunesse en voie de raréfaction face à une population âgée en hyper-croissance.

Pour compléter ces saines actualisations, nous avons voulu sonder la conscience démographique de la population dans l’édition 2026 de notre Baromètre de la France qui Vieillit réalisé avec l’IFOP auprès de plus de 2000 Français. Il révèle qu’une vaste majorité a pris conscience du retournement démographique en cours et regrette même que le vieillissement ne soit pas assez abordé dans le débat public. Cette demande d’éclairage est la raison d’être du Club Landoy qui œuvre depuis le début à ouvrir grand les yeux sur notre miroir démographique pour s’y adapter au niveau de l’entreprise et s’y préparer à l’échelle collective.

Notre baromètre traduit la grande lucidité de nos compatriotes sur le défi que le vieillissement de la population fait notamment peser sur notre système de santé. Une vaste majorité (76%) anticipe une hausse à venir du reste à charge mais seule une minorité (36%) affirme pouvoir se le permettre. La perte d’autonomie, qui frappe déjà tant de familles dans leur intimité, apparait naturellement comme une source d’inquiétude croissante : 40% des Français juge probable de ne pas être accompagné ou aidé en situation de dépendance.

La lucidité se traduit aussi dans les opinions formulées sur notre système de retraite. Les Français ont bien compris qu’il était déficitaire et qu’il ne pouvait être pérennisé sans de nouvelles réformes. Plus de 80% des moins de 35 ans ne lui font pas confiance pour leur garantir une pension de retraite suffisante. La prise de conscience collective est réelle, se traduit-elle pour autant par une acceptation des efforts que la démographie commande ? C’est là que le bât blesse. Reflétant toute l’explosivité politique du sujet, aucunes des solutions proposées pour équilibrer le système (hausse des cotisations, baisse des pensions, rallongement de la carrière) n’emporte une adhésion majoritaire.

Si nos compatriotes se montrent hélas fidèle au mythe mitterrandien de la retraite à 60 ans en déclarant aspirer à un départ à la retraite à 59,8 ans, ils se montrent aussi étonnamment ouverts à une retraite beaucoup plus tardive en échange de liberté et flexibilité : 69% des sondés se disent en effet prêts à travailler plus longtemps « si l’âge légal de la retraite était repoussé au-delà de 64 ans » (la formulation est importante !) à condition de bénéficier d’un aménagement de fin de carrière sur les horaires, le rythme et le travail ; ils sont 66% à accepter cette perspective via une retraite progressive et 64% via un temps partiel.

Travailler plus longtemps à la condition d’une transition plus souple vers la retraite ? Voilà une voie de passage relativement consensuelle qui permet de sortir par le haut des sempiternels débats autour d’un âge unique qui ne correspond plus aux millions d’individualités, de carrières et d’envies impossibles à agréger dans une échéance vendue comme une ligne d’arrivée abrupte et uniforme.

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