Essais & idées

Argent : le temps est-il l’ennemi des femmes ?

Publié le : 18/03/2026

D’ici 2040, quelques 9 000 milliards d’euros devraient changer de mains et passer des baby-boomers aux générations Millennials et GenX-Z. Ce « Grand Transfert d’Argent » (Great Wealth Transfer) n’est pas sans conséquences. Il soulève des questions cruciales quant à l’influence croissante des nouveaux détenteurs de ces actifs sur les politiques nationales, la valorisation des marchés, la concurrence économique et la répartition des richesses. Dans ce contexte de mutations majeures, où l’héritage est au cœur des préoccupations, une autre transition, celle de la richesse intergénérationnelle, prend une dimension particulière. D’où l’importance de la question posée par la 5ème édition du Baromètre ViveS*1 « Les femmes et l’argent » : Le temps est-il l’ennemi des femmes ?

Si l’on pouvait espérer que le passage des années réduise les fractures de genre, les résultats de l’enquête révèlent une réalité plus complexe : les inégalités financières ne sont pas des vestiges du passé, mais des dynamiques qui se creusent tout au long de la vie.

Le poids des trajectoires contraintes

Ce qui m’a frappée dans ce baromètre, c’est la lucidité, parfois amère, des femmes sur leur propre parcours. La « pénalité de maternité » n’est plus un concept abstrait, mais une réalité statistique vécue : 69 % des femmes considèrent aujourd’hui que la maternité constitue un frein à leur évolution professionnelle. Ce chiffre traduit une barrière structurelle qui pèse sur les carrières féminines dès les premières années de vie familiale. Ce renoncement se paie au prix fort sur le long terme. Moins de promotions (seule une femme sur trois ose demander une augmentation contre 49 % des hommes) et des trajectoires hachées conduisent inévitablement à une fragilité financière accrue, en particulier à l’heure de la retraite.

De la charge mentale à la conquête de l’autonomie

Trop souvent, la gestion des finances personnelles est vécue par les femmes comme une source d’anxiété. Pour ma part, je considère que l’argent doit être un moteur de liberté, pas une charge mentale supplémentaire.

Bien que les femmes soient méticuleuses dans le suivi de leur budget, seules 11 % d’entre elles osent aujourd’hui s’orienter vers des placements risqués à la recherche de performance. En privilégiant quasi exclusivement la sécurité, beaucoup ne valorisent pas leur patrimoine sur le long terme. Pourtant, leur espérance de vie – supérieure à celle des hommes – exigerait des rendements plus élevés pour garantir une indépendance durable.

L’éducation financière : un levier d’émancipation durable

En tant que professionnels de la gestion de fortune, nous ne souhaitons pas rester témoins de ces réalités sans agir. Une conviction s’impose à nous : l’éducation financière ne doit plus être une option ou un luxe, mais un pilier fondamental de l’égalité réelle. Raison pour laquelle, nous nous engageons pour un avenir financier plus équitable.

Il est impératif de déconstruire dès aujourd’hui le tabou de l’argent et de proposer un accompagnement qui tienne compte des spécificités du cycle de vie féminin. L’enjeu est de transformer une vigilance budgétaire quotidienne en une véritable stratégie de conquête patrimoniale.

  1. Natixis Wealth Management soutient depuis deux ans le Baromètre ViveS media « Les femmes et l’argent » une enquête réalisée par Viavoice, en partenariat avec Boursobank. ↩︎
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