Le terme « aidance » est un sujet en lui-même : substantiver une notion conduit inévitablement à essentialiser ceux qui s’en réclament.
De quoi parle-t-on avec ce néologisme ?
D’une somme immense de situations particulières qui s’imposent à nombre de nos concitoyens : un de leurs proches a besoin d’aide, matérielle, physique, psychologique, sanitaire, affective, en des lieux divers du territoire métropolitain et des outre-mer, pour faire face à leur perte d’autonomie.
Cette situation apparaît parfois très tôt dans la vie, dans l’enfance, à l’âge adulte, pendant la retraite. Rappelons que si l’âge moyen des salariés aidants est de 41 ans, l’âge moyen d’entrée dans la situation d’aide est de 32 ans. (Source baromètre OCIRP 2026)
La situation d’aidant vient s’ajouter à la vie que l’on a et constitue une charge supplémentaire. Quand cette charge devient une charge mentale ou génère des effets délétères sur les équilibres de vie, notre système de protection sociale se doit de considérer qu’elle caractérise un accident de la vie.
Dès lors, il s’agit de tomber collectivement d’accord afin de déterminer si cet accident de la vie appelle, par l’expression de la solidarité, une réponse :
- redistributive : c’est ce que rend possible la solvabilisation du congé proche aidant AJPA pour une durée maximale d’un an sur l’ensemble de la carrière ;
- réparatrice avec le droit au répit dans le cadre de l’APA ;
- compensatrice par l’accès à des aides légales ou extralégales pour la personne aidée ou son aidant.
En réalité dans une société de la longévité, il est quasi certain que nous serons tous pour un temps plus ou moins long, aidant d’un proche. Mais cette situation n’est pas homogène entre nous et elle requiert parfois un investissement majeur quasi intégral de l’aidant. Dans ce cas, aider son proche, entraîne une perte de chance et une décote de sa citoyenneté.
Ainsi au-delà d’une réflexion normative sur un statut de l’aidant, nos baromètres OCIRP montrent depuis plus de 10 ans une attente de réponses soutenables, quasi sur mesure, selon la situation professionnelle et/ou sociale, le territoire et les aspirations de l’aidant et de l’aidé.
C’est pour cette raison que nous soulignons l’importance de la négociation dans le cadre d’un dialogue social de qualité, à l’initiative des partenaires sociaux.
Nous sommes convaincus que l’anticipation des situations futures, l’éthique du consentement, la production de réponses accessibles et acceptables constituent le corpus nécessaire à l’accompagnement des aidants dans la transition démographique.
À cet égard l’Avis n•148 du Comité Consultatif National d’Ethique portant sur « les Enjeux éthiques relatifs aux situations de vulnérabilité face aux progrès médicaux et aux limites du système de soins » est particulièrement éclairant.
Cet avis nous livre des repères robustes pour envisager les situations d’aide. Il souligne en particulier la nécessité de la reconnaissance de la parole et du point de vue des aidants dans l’accompagnement de leur proche, dans le respect des attentes de la personne aidée.
Ces différents attendus doivent de plus se conjuguer avec une politique de santé fondée sur les principes de One health : prévention primaire et approche domiciliaire qui nécessite, bien sûr, le soutien à toute la filière professionnelle du care.
Si l’on y réfléchit bien, cet enjeu dépasse le cadre de notre modèle social : il conditionne notre compétitivité et emporte des enjeux démocratiques.
Compétitivité car dans une société qui avance en âge, on ne peut raisonnablement laisser éloignée de l’emploi la part considérable de la population active aidante. On ne peut la laisser démunie face au redoutable conflit d’intérêt qu’est « choisir d’aider ses proches » ou « choisir de rester actif et inséré par l’emploi. »
Enjeux démocratiques car le consentement à la protection sociale est une des conditions majeures de la cohésion sociale.
Le Club Landoy est un collectif d’entreprises qui ne veulent pas subir les impacts économiques et sociaux de la transition démographique*, et qui souhaitent agir pour s’adapter à ce nouveau contexte.
Créé en 2019 à l’initiative du Groupe Bayard, il réunit des organisations qui anticipent, sensibilisent et agissent pour repenser les conditions d’une société où l’on vit plus longtemps.